Un touriste finlandais pêche le dernier thon femelle de son espèce et provoque son extinction !

Cela pourrait sonner comme un article du Gorafi mais le Thunnus Amaris Creta n’est plus.

Aussi appelé le « Géant des mers du Sud » par les locaux, ce poisson de la famille du thon, endémique aux Côtes Philippines vient de rejoindre la longue liste des espèces disparues sur notre planète.

Le Thunnus Amaris Creta – Thon des Philippines dans le langage commun – était (parce qu’il faut en parler au passé maintenant) aisément reconnaissable par sa courte nageoire dorsale en pointe qui se distinguait de celle toute en longueur du célèbre Thon rouge.

Par ailleurs, le Thon des Philippines était bien plus imposant que ce dernier d’où son surnom par les pêcheurs et les locaux. Les Thunnus Amaris Creta mâles pouvaient peser jusqu’à 900 kilos et mesurer jusqu’à 5 mètres. Les femelles, quant à elles, étaient moins impressionnantes par leur poids (400 kilos maximum) et leur taille (1m50 à 2m).

Victime de la surpêche car prisé pour sa chair tendre, le Thon des Philippines était un met de choix pour les philippins, les indonésiens et les japonais. L’exportation vers le Japon à des prix exorbitants était devenue une véritable manne financière et les enseignes vantaient les propriétés d’un met qualifié, à juste titre, d’exceptionnel. Sa chair rouge rosé, grasse mais tendre a fait saliver plus d’un amateur de sashimi haut de gamme.

Déjà en 2016, les chercheurs du ISFR (International Search of Fish Reproduction) en collaboration avec une équipe du CNRS dépêchée sur place, s’inquiétaient de la décroissance exponentielle du nombre de Thunnus Amaris Creta en comparant les premiers relevés officiels effectués en 2010 à ceux de 2016.

En l’espace de 6 ans, la population du Thon des Philippines était passée de 11 000 individus essentiellement localisés au large des côtes Philippines entre les îles Mariannes et le Nord-Est de l’Indonésie (Morotai) à 78 individus concentrés dans la zone dite des « Pointes du Dragon », lieu moins fréquenté par les pêcheurs.

Le plus inquiétant dans les relevés était la proportion de femelles au sein de la communauté: environ 1 femelle pour 20 mâles.

Constat encore plus alarmant : les pondaisons étaient devenues rarissimes du fait du changement de leur milieu naturel vers une zone plus froide et soumise aux courants marins plus forts. Les chercheurs avaient alors équipé d’une puce GPS les quatre femelles identifiées pour pouvoir suivre leurs progressions et mieux comprendre l’impact de l’Homme sur cette migration imposée.

Thomas Wright, en charge de la mission de recensement des espèces à l’époque, avait alerté les autorités philippines de la situation d’urgence.

Dans le cadre d’une convention internationale, le Thunnus Amaris Creta avait été classé en 2017 comme espèce protégée avec l’interdiction formelle de le pêcher ou de le capturer. Un statut de protection légale qui semblait difficile à tenir tant la demande était importante mais des contrôles inopinés en quai étaient régulièrement réalisés comme outil de dissuasion, avec des sanctions pénales à la clé.

Du fait de la rareté de l’espèce, les tours opérateurs proposaient aux touristes des plongées en quête de ce thon rare dans des circuits formatés censés sensibiliser à la préservation des espèces.

La chasse (avec appareil photo) était ouverte… et c’est finalement le tourisme qui aura eu raison de l’espèce.

Ce 10 mars 2019, Olav Jørgensen – entrepreneur finlandais – décide de s’offrir une escapade en plongée improvisée à la quête des fonds marins non loin du circuit des tours opérateurs et c’est lors de sa deuxième plongée qu’il commet l’irréparable : le harponnage d’un Thunnus Amaris Creta.

L’histoire aurait préféré que ce fût un des mâles recensés par l’ISFR, mais la puce GPS visible sur l’animal laissait entrevoir une réalité bien plus sombre.

Cette femelle était la dernière en activité sur la cartographie des chercheurs puisque les 3 autres puces GPS avaient été retrouvées dans les filets de pêche plus d’un an auparavant.

Fier de son butin, Olav Jørgensen diffusait le soir même son « trophée » sur les réseaux sociaux.

Ici, le touriste finlandais Olav Jørgensen posant avec le dernier Thunnus Amaris Creta femelle vivant de notre planète.

Conspué par les internautes et rattrapé pour son méfait par les autorités philippines, il essaya tout d’abord de s’en dédouaner : « Je n’étais pas au courant que le Thon des Philippines était une espèce protégée » avant de dire: « Je pensais au début avoir harponné un mérou au vu de la taille de l’animal » ce qui attisa de nombreuses moqueries sur les réseaux sociaux en plus de la colère de défenseurs des animaux.  

Le mal était fait et la femelle Thunnus Amaris Creta n’était plus, empêchant toute reproduction possible de l’espèce.

Pour avoir condamné l’espèce à une extinction certaine, Olav Jørgensen continua sa vie telle qu’il l’avait commencé mais se confessa à l’Eglise tous les dimanches : « Désolé mon Père, ma mer, car j’ai péché ».

 


Vous trouvez ce poisson d’Avril de bon thon ? Mais cette histoire pourrait bien arriver… et le thon n’est déjà plus à la rigolade !

Si le Thunnus Amaris Creta est le fruit d’une invention facétieuse, le thon rouge reste entre les mains de l’Homme.

Laisserons-nous au mythique thon rouge une chance de survivre ou le pêcherons-nous jusqu’à son extinction ?

Péché depuis plus de 7000 ans, le thon rouge est un « superprédateur » qui a une place fondamentale dans le réseau trophique de l’océan et contribue ainsi à la stabilité des écosystèmes.

On estime que 80% des ressources de thons rouges du Nord (Thunnus thynnus) a disparu des années 1950 à 2010.

Le thon rouge n’est plus le seul de son espèce à être menacé par la surpêche. Nous pouvons citer également le Thon rouge du Sud (Thunnus maccoyii) en danger critique d’extinction ou encore le thon obèse (Thunnus Obesus) qui pourrait disparaître d’ici à 2033.

Une situation qui ne semble pas s’améliorer avec l’engouement pour sa chair. Les quotas de pêche ont fortement augmentés avec un quota annoncé à 36 000 tonnes pour 2020 (contre 13 500 tonnes pour la saison de pêche en 2010)… et tout ceci avec l’approbation même de la Commission Internationale pour la Conservation des thonidés de l’Atlantique.

Priez pour nous pauvres pêcheurs !

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